Le plateau de Darwack

- Lance vit en haut de ce plateau ? questionna Tillih.
- Oui. Le sommet, aplati, est une grande plate-forme sur laquelle Lance et sa tribu ont bâti un village. C’est plus facile à garder en cas d’attaque. Le plateau est formé d’un réseau de galeries qui aboutissent dans la forêt. Regarde tout en haut, on aperçoit deux des quatre tours de surveillance.
Les VéritablesEn effet, deux hautes tours en bois, surmontées d’un petit toit conique, s’élevaient de part et d’autre d’une palissade derrière laquelle s’étaient établis le maître de la Contrée du Jaspe Vert et les siens. Tout en parlant, Dick et Tillih se rapprochaient de l’impressionnant édifice naturel. Dans la prairie qu’ils parcouraient, l’herbe était tendre et bien verte. Des chevaux, des chèvres et quelques bovins broutaient paisiblement. La jeune femme regardait le site avec avidité et curiosité. Mais plus que tout, son regard était irrésistiblement happé par le grandiose monument géologique. Il ne s’agissait pas d’un endroit ordinaire. La main de l’homme avait travaillé et remanié la seule face visible du plateau, les trois autres versants étant recouverts et enserrés par un fouillis végétal inextricable. Depuis le sol verdoyant de la douce prairie, six colonnes s’élançaient jusqu’au sommet. Traversant d’une seule pièce les cinq étages, creusées à même la roche, ces colonnes semblaient vouloir faire croire qu’elles soutenaient l’ensemble. Mais il n’en était rien. Au contraire, elles avaient été façonnées par l’homme, excavées de la pierre. A la base de chacune d’elles, une monumentale statue, représentant un tigre rugissant assis sur son arrière-train, avait été sculptée. Les statues se dressaient jusqu’au troisième niveau de l’édifice. Ces six tigres de pierre, à l’expression menaçante, paraissaient avoir été modelés dans le seul but d’effrayer les intrus, de les repousser. Les linteaux décoraient toute la face du plateau. La base, rejoignant le premier niveau et d’une hauteur comparable à celle de trois hommes, était entièrement ornée de bas-reliefs figurant des scènes terribles de combats mêlant des hommes, des animaux, mais également des créatures étranges, mi-hommes, mi-bêtes ressemblant à celle rencontrée la veille par Tillih. Néanmoins, Tillih n’en souffla pas mot à Dick. Ce n’était pas le moment. Tillih n’arrivait pas à évaluer la longueur de cet ensemble tant il lui semblait grand. Elle n’avait malheureusement pas le temps d’observer plus attentivement les détails de toutes ces œuvres mises bout à bout et d’en comprendre la mise en scène. Pourtant, elle en mourait d’envie tant elle était fascinée par la beauté du travail réalisé. Peut-être le pourrait-elle plus tard ? Levant les yeux, elle vit qu’il y avait de l’agitation sur les différents niveaux. Des gens s’affairaient, transportant des marchandises. Tillih et Dick se dirigèrent vers des escaliers creusés dans la roche. Ils permettaient d’accéder au premier étage. Les autres niveaux étaient rendus accessibles grâce à des échelles de corde suspendues le long des parois. Tillih constata que rien n’avait été laissé au hasard pour pouvoir résister aux attaques ennemies, les échelles mobiles étant bien plus sûres que des escaliers permanents. Les deux monte-charges en bois, placés aux deux extrémités de la façade et raccordés par un système de poulies et de chaînes assuraient l’élévation des marchandises, des hommes ou même des animaux, jusqu’aux étages supérieurs et au faîte du plateau. 

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