4ème extrait

Les VéritablesIci, toute lumière était inexistante. Aucune torche n’éclairait le couloir plongé dans le noir total. A tâtons, scrutant le néant, la main sondant le mur, elle avançait. Ses doigts crispés agrippaient avec force la garde de son arme, allongeant un pied sur le sable fin avec d’infinies précautions puis faisant glisser le deuxième. Le tunnel était étroit. Placée en son milieu, en étendant les bras et les mains, elle pouvait toucher les deux murs opposés. Dans le lointain, elle crut entendre un souffle rauque. Elle s’arrêta pour écouter. Elle choisit de s’adosser au mur, bien campée sur ses deux jambes, le visage dirigé vers le son, nettement plus bas. Jusqu’où plus bas ? Le noir partout et l’inconnu. Toute notion de temps avait disparu. Comme un non-voyant ou un prisonnier enfermé dans un cachot étroit et sans lueur, l’angoisse montait, l’étreignant, lui enserrant la poitrine. Un moment, son esprit lui suggéra de faire demi-tour, de remonter à la surface et de fuir. Cependant recouvrant en partie son sang-froid, elle continua, plus déterminée que jamais. Plus impérieuse était son envie de savoir. Quelle ironie du sort ! Elle avait accepté de vivre des années en aveugle et aujourd’hui, alors qu’elle désirait enfin comprendre, un voile noir entravait sa vision. Pour répondre à son désir de vérité, il lui fallait traverser l’obscurité. Un nouveau son parvint à son oreille. On aurait dit un léger grognement. Une odeur arriva jusqu’à elle. Ses narines s’enflèrent. De la transpiration ! Humant, elle comprit ce qu’elle sentait. C’était une évidence. Cet effluve charriait la peur. La terreur animale de celui ou de celle qui pressent le danger. Tillih se demanda comment elle pouvait ressentir la peur à travers une odeur. Certes les animaux en étaient capables mais à sa connaissance pas les humains, du moins grâce à ce sens. Mais elle était privée de vue. Aussi peut-être qu’un mécanisme interne lui permettait-il de pallier ce manque en en renforçant un autre ? Puisqu’elle était décidée à aller jusqu’au bout, elle opta de s’en remettre au destin et de faire confiance à son instinct. La guerrière cheminait, flairant et écoutant attentivement. Ses narines se dilataient frénétiquement. Son corps tout entier s’était habitué aux ténèbres du tunnel. Ayant accéléré son pas durant quelques instants, elle s’arrêta. L’odeur devenait plus forte. Plaquée contre la paroi, elle s’accroupit. Les yeux fermés, respirant avec constance, sa concentration était intense. Le manche de son arme glissait dans sa main moite. 

Extrait suivant : Savi, l'astre du jour







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